Dans la foulée de la publication de mon manuel permettant de récupérer la taxe néerlandaise sur les dividendes (1), il est apparu que certaines personnes avaient des difficultés à récolter la documentation nécessaire pour établir les décomptes utiles. Je veux bien sûr parler des extraits de compte Triodos.
Ce problème n’est pas innocent et découle des diverses politiques de gestion du compte-titres mises en place par la banque depuis qu’elle a décidé d’orienter son certificat vers une cotation boursière.
Retour vers le futur
Pour comprendre ce qui se passe, un petit rappel est nécessaire.
En octobre 2020, afin de ne pas devoir payer sur ses comptes épargne dits « règlementés » le taux minimum légal de 0,01 % de base et de 0,10 % de prime de fidélité, la banque a décidé de transformer tous ces comptes en formule « non règlementée », ce qui lui a permis de passer sur un taux 0 %, sans prime et même d’appliquer un intérêt négatif de – 0,5 % sur les dépôts supérieurs à 500.000 €.
En plein Covid, l’opération n’a fait un tollé que parmi certaines organisations et a surtout permis à la banque de clôturer de nombreux petits comptes inactifs dont les propriétaires se sont soudain réveillés. Bref, que du bénéfice de gestion.
Ce qu’on sait moins (2), c’est que dans la foulée, elle a aussi migré les comptes vers une gestion internet en supprimant l’envoi des extraits de compte papier, y compris pour les comptes-titres. Mais tout en stipulant aux clients qu’ils pouvaient continuer à recevoir la version papier, payante, en modifiant le paramètre adéquat… dans la gestion internet banking ! À laquelle il fallait s’inscrire, évidemment. On se posera des questions quant au bien-fondé d’un tel procédé, mais à l’époque, et comme à son habitude quand ça l’arrange, la banque ne s’en est pas posées, attendant de voir.
Bref, on l’aura compris, aujourd’hui encore, à certains clients qui se plaignent de ne plus recevoir d’extraits papier depuis pas mal de temps (et que ça n’a manifestement pas trop dérangés, faute d’avoir capté l’opération décrite au § précédent), je dois expliquer le pourquoi et le comment. Et leur conseiller soit de retrouver leur code internet banking Triodos enfoui dans un tiroir d’un meuble rangé au grenier, soit d’en demander un nouveau via le site. Ce qui n’est pas aisé si l’on suit le chemin proposé sur le site. Pour ceux qui le souhaitent, donnons ici la voie d’accès directe.
Embûches, barrières et barricades
Toujours est-il qu’aujourd’hui, obtenir ses extraits n’est pas opération évidente ou facile. Rappelons quelques points qui ne valent évidemment que pour ceux qui ont conservé leur compte-titres Triodos et n’ont pas migré vers un compte de transaction Captin ou vers un autre compte-titres. Ils doivent encore être nombreux si l’on en croit la dernière newsletter de la SCTB (12/03/26), qui s’en plaint.
– Entre 2021 et mi-2025, la banque a gelé les transactions. Il était donc normal que de nombreuses personnes ne s’inquiètent pas trop de ne plus rien recevoir en termes de courrier. Et forcément, s’habituent à cette absence.
– À partir de juin 2025 et l’ouverture de la cotation Captin, la Banque a distillé une communication qui a fait croire aux détenteurs par trop crédules qu’il était indispensable de s’inscrire sur le MTF, en oubliant de préciser que c’était une voie sans retour ! Mais vu la complication débile d’ouverture de compte de transaction, beaucoup de sont arrêtés à mi-chemin, c’est-à-dire au simple enregistrement, conservant de fait un pied chez Triodos, un pied chez Captin (3).
– Forte de son bon droit et d’un service client optimal, la banque a refusé (et refuse toujours) la création de nouveaux comptes-titres pour recevoir des certificats qui seraient vendus de gré à gré ou reçus en donation ou héritage. Ceci alors qu’il lui est parfaitement possible de le faire, ses comptes-titres restant ouverts pour accueillir ses Sicavs. La volonté de dégager les détenteurs vers d’autres cieux est nette, peu importe lesquels et à quelles conditions, ce n’est pas son problème.
– Cette volonté d’inciter les détenteurs à l’émigration a été encore plus poussée lors de la publicité relativement récente mais très partisane que la banque a carrément faite des conditions « offertes » par la société de courtage BUX pour accueillir tant de nouveaux et joyeux clients ! Ce discours manifestement opportuniste a encore été repris dans la lettre de la SCTB du 12 mars 26 et cela n’est certainement pas innocent (4). Sauf que cela concerne les détenteurs hollandais, les belges, espagnols et anglais n’ayant aucun intérêt fiscal et pratique à se retrouver chez ce courtier.
– Puis, comme elle l’avait annoncé dès le départ, la banque a enlevé « visuellement » les certificats de la gestion internet banking (5). Ceux-ci ne sont donc plus visibles dans leur situation IB ou via l’app dont elle fait tant de cas. Seul l’extrait de compte trimestriel permet encore d’avoir une idée de sa situation. Il est téléchargeable comme indiqué à la page 4 de mon manuel. Quoi qu’il en soit, plus d’une fois j’ai pu entendre les questionnements de ceux qui n’ont rien compris à l’affaire et qui se sont demandé où étaient passés leurs titres, craignant que la banque les ait purement et simplement annulés. Ce n’est pas le cas, mais au moins cela indique que certains sont conscients que la banque est prête à tout pour sa survie, et qu’elle ne s’empêche pas de mettre en place les moyens nécessaires à celle-ci, sans tenir compte d’autres points de vue. Une banque à taille humaine, voilà qui est finalement totalement vrai.
– Mes candidats retoqueurs m’objecteront qu’un accès est toujours possible puisque tout client peut demander des codes d’accès internet banking à Triodos. Oui, sauf qu’entre ceux qui disposent de leur compte depuis longtemps et les nouvelles dispositions mises en place, à savoir qu’on doit passer par l’application pour tout, il y a un pas qu’il n’est sûrement pas aisé de franchir. Car, ne l’oublions pas, non seulement tout le monde ne dispose pas d’un gsm, mais parmi ceux qui en ont un, combien savent facilement utiliser les apps et tout ce qui s’en suit. Parce que dans l’équation, on semble mettre un peu trop facilement quelque chose de côté : les détenteurs de certificats ne sont pas en majorité des vingt- ou trentenaires jonglant avec les apps et autres outils informatiques fascinants.
– La réalité de ceux qui sont perdus est qu’ils doivent s’en remettre à l’aide fournie par la banque elle-même. Ne comptez pas sur son site, il est orienté app et point barre. Vous souhaitez poser une question ? Tout est fait pour vous renvoyer vers les FAQ ou à défaut, un formulaire à remplir. Reste le contact téléphonique. Après avoir trouvé le n° de téléphone sur la seule page où il se trouve, à savoir dans la rubrique « nos bureaux », vous devrez vous contenter d’un appel uniquement entre 9 et 13.00. Malheureusement, les nombreux retours reçus indiquent que le service est loin d’être optimal, déjà parce qu’il est difficile d’avoir une réponse à l’appel.
Conclusion
On l’aura deviné, il est difficile de croire que la gestion des certificats sur compte-titres Triodos ne relève pas d’une mise au placard. Comme à son habitude, la banque s’en défendra et vous dira de la contacter pour trouver une solution. Si la solution est de pouvoir avoir accès a sa situation de compte, c’est bien la moindre des choses ! Pour le reste, rien ne changera parce que ce n’est absolument pas la volonté de la banque. Vous lui feriez par contre bien plaisir à envoyer vos titres vers un autre terrain de jeu.
Pour ma part, je ne le ferai évidemment pas.
Notes
(1) Les premiers retours de récupération commencent à m’être envoyés, preuve que ça marche et j’en suis ravi.
(2) Cette information est donnée de mémoire, mais correspond à la situation vécue et rapportée depuis par nombre de clients !
(3) Compte tenu de la cotation sur Euronext, il serait utile de savoir si malgré cet enregistrement, les informations sur votre compte-titres sont finalement quand même gérées par Triodos, ou par Captin. Ceux qui sont dans ce cas peuvent nous faire part de leur expérience.
(4) En effet, je me suis étonné de ce que la banque fasse ainsi une publicité ouverte d’un courtier, au détriment d’autres. Ceux-ci ont-ils réagi ? Toujours est-il qu’il est plus que probable que la banque ait trouvé la parade en utilisant la SCTB comme porte-parole. Ils sont malins.
(5) A l’inverse, le paiement des dividendes (et le détail fiscal) est toujours accessible directement en tant qu’opération sur titres.