Ceux qui suivent le cours de l’action Triodos sur Euronext n’auront pas manqué de remarqué que si le cours était à 26,82 € le 11 novembre, il passait à 30,49 € le 12, et même à 30,72 € le 13, soit une progression de 14,54 % ! Heureusement que la nature du certificat n’a pas changé, et que ce n’est pas devenu un instrument spéculatif ! Que s’est-il passé ?
Il n’est pas toujours aisé de connaître le déclenchement de l’envolée ou de la descente aux enfers d’un titre. mais en l’occurrence, il semble que deux facteurs se soient conjugué :
- ABN-AMRO a lancé une offre d’achat sur la banque NIBC. Vu les talles, c’est le gros qui mange le petit.
- Un courtier dont nous n’avons pas le nom a lancé à ses abonnés un signal d’achat sur Triodos, estimant vraisemblablement, que la banque pouvait être la prochaine sur la liste des mangés.
Que cette dernière information soit vraie ou non, il est évident qu’elle est potentiellement réalisable. C’est un danger que nous avons relevé antérieurement : sortir du bois pour s’en aller vers de soi-disant plus vert pâturages, c’était aussi prendre le risque d’être à la vue des loups. Si Triodos se fait dévorer, nul doute que le management négociera avec ses repreneurs et présentera aux détenteurs et à ses clients des garanties éthiques quant à la mission de la banque. Elle ne manquera pas de signaler que ce nouveau partenariat (qui n’en aura que le nom) sera l’occasion pour la banque d’obtenir des moyens conséquents pour mettre en œuvre une politique durable encore plus marquée. On sait parfaitement ce qu’il adviendra, nous avons assez d’expériences de ce type en Belgique. Pensez aux Anhyp, Codep, Bacob, CGER, etc. Toutes les banques à profil social se sont faites déboulées par les grandes institutions.
Nous devrons alors redemander à la banque si elle comptera prendre ses responsabilités. Exactement comme elle le fait aujourd’hui, elle nous répondra qu’elle n’est pas coupable des faits passés, et donc, pas responsable. Nous avons comme opinion que même si l’on est pas coupable d’une faute, on peut parfaitement prendre ses responsabilités. C’est un concept que nous lui avons déjà soumis antérieurement dans nos articles mais auquel elle reste imperméable. Et pourtant…
Imaginez conduire une voiture par temps d’orage, dans un petit village, sur une route glissante. Soudain, dans un verger, un éclair frappe avec fracas un arbre sur votre gauche et l’arbre s’écroule. Vous aurez bien évidemment au même moment non seulement sursauté, mais aussi détourné le regard pour instinctivement vérifier si vous n’étiez pas en danger. Car ce qui importe, c’est vous et votre voiture. Hélas, au même moment, vous renversez un piéton qui traversait la route, venant de la droite. Vous ne l’avez pas vu à cause des évènements et le malheureux semble mort. Vous vous arrêtez, vous sortez de la voiture pour constater les faits. Des gens accourent et disent que c’est le propriétaire du verger ! Ils se tournent vers vous et vous dites : ce n’est pas de ma faute ! Les gens vous croient jusqu’à ce qu’un imbécile demande : mais qui conduisait la voiture ? Et vous, comme un enfant, vous répétez : ce n’est pas de ma faute. Ce monsieur ne peut être réanimé. L’important est de veiller sur son verger. Vous remontez dans votre voiture, heureusement indemne, et vous vous poursuivez votre route, l’esprit serein. Vous pensez déjà à trouver une solution. Vous avez entendu que le monsieur a des héritiers qui voudraient bien revendre le verger. Vous vous dites que vous pourrez les aider. Demain, vous irez au garage pour vérifier que la voiture n’a rien. Et lorsque les enfants de la victime vous demanderont des comptes, vous direz : ce n’était pas de ma faute, j’ai été surpris par les évènements. Peut-être oublierez-vous de signaler que quelques jours avant, votre garagiste vous avait signalé que vos freins présentaient des défauts et qu’une révision serait utile. Peut-être oublierez-vous de signaler que votre psychiatre qui vous suit depuis des années vous a recommandé d’être moins stressé en cas de problème et de rester concentré pour faire attention à ceux qui vous entourent. Ce qui est certain, c’est que vous ne compterez pas faire appel à cette assurance qui vous protège en cas de faute, intentionnelle ou non. Parce que tout cela n’est pas nécessaire : ce n’est pas de votre faute. Vous avez vu “Will hunting” : vous savez que cela peut ne pas être de votre faute et que dans ce cas, rien ne vous oblige humainement à prendre votre responsabilité en main. Pourquoi faire ? Vous n’êtes pas un héros de cinéma, juste un citoyen ordinaire.
Enfin, quoi qu’il en soit, la hausse n’a été qu’un feu de paille puisque dès le 13, le cours a repris sa marche en avant, c’est à dire vers le fonds du puits. Sans doute pour se rapprocher du petit peuple des détenteurs de certificats. Ouf, on respire…
